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Kumbélé c’est fini ! A Yoh il ne reste
que les traces d’un chantier...d'un camp qui a rassemblé
pendant 21 jours, 32 bénévoles et plus venus
d’horizons divers. Kumbélé est finie mais
Ekua-Alê continue et file vers une prochaine édition
que l’on voudra meilleure que la précédente.»
Sur cette promesse les bénévoles de Kumbélé
se sont quittés. La troisième édition
dont il était question , c’est Ma’anta
Sah ! Rencontre inopinée de 15 bénévoles
venus des USA, de la France, du Bénin et du Togo, partis
à la découverte d'autres cultures.
Le programme de Ma’anta Sah établi sur 15 jours
traduisait fidèlement l’esprit d’Ekua-Alê
: aller vers l’autre, partager, découvrir, apprendre
et comprendre.
1.
Les habitants d’Atakpamé
En
allant vers l’autre, les bénévoles de
Ma’anta Sah ont rencontré les peuples Ana installés
dans les Plateaux vers le nord du Togo, venant du Nigeria,
plus précisément du Royaume d’Ifè
au XIXè siècle.
Aujourd’hui, d’autres peuples se mêlent
aux Ana, surtout au centre de la ville d’Atakpamé
: les Kabyè, les Nawdemba, les Guins, les Yorouba etc.
2.
De découvertes en découvertes
Les bénévoles ont découvert la vie des
habitants des Plateaux. En
cette période de l’année, le climat est
caractérisé par un vent sec et poussiéreux
soufflant du sahel vers la mer : l’harmattan. Les bénévoles
n’ont pas eu du mal à supporter ce vent ; l’un
d’eux déclara : « c’est l’hiver
du Togo » quand bien même il ne fait pas aussi
frais.
L’histoire était aussi au rendez-vous à
Ma’anta Sah. A travers la visite de quelques sites,
les bénévoles ont remonté le temps pour
découvrir et comprendre des faits qui ont marqué
l’évolution d’Atakpamé. D’abord
le sanctuaire vodou du dieu Tchakpana. La légende raconte
qu’un nommé Atakpa venu du Bénin voisin
l’aurait installé. C’est de son nom Atakpa
que vient celui d’Atakpamé. Ce redoutable traditionnaliste-guérisseur,
constitua, dit-on, un véritable obstacle à l’installation
des missionnaires catholiques. Mais à la suite d’une
lutte sans merci, son fils réussi à construire
en face du fameux sanctuaire une cathédrale où
il accomplit son sacerdoce en tant que premier Evêque
d’Atakpamé. A sa mort, son corps fut momifié
et repose encore à ce jour dans cette cathédrale
qui rappellera toujours son existence…
Les bénévoles ont également découvert
la rivière Eké, petite, sans grande envergure
qui séduit et emporte par moments des riverains qui
osent s’y baigner. Comme par hasard, cette rivière
longe le sanctuaire du dieu Tchakpana.
De découvertes en découvertes, les bénévoles
sont allés à la fontaine Omidoudou (ce qui signifie
en langue locale « notre eau » ), fontaine naturelle
modernisée aujourd’hui par le Rotary Club. Jadis,
pour approcher cette eau qui provient d’un rocher, il
fallait se déchausser. Malgré la modernisation,
cette pratique est toujours en cours.
A environ 10 km d’Atakpamé, on retrouve Kamina,
la contrée historique. Au début du XXè
siècle, les allemands y ont installé la toute
première radio de l’Afrique de l’Ouest.
Pour que cette radio ne tombe aux mains de l’ennemie,
ils la dynamitèrent, quelques heures avant de perdre
définitivement la guerre.
Sur
le site de Kamina, les bénévoles ont découvert
les restes toujours impressionnants- de cette radio, ainsi
que les bunkers et les tours qui gardent encore leur secret,
personne n’ayant pu accéder à
leur contenu. Dans un champ voisin, des tunnels de plusieurs
kilomètres de longueur ont été creusés,
rappelant les tranchées de la 1ère Guerre Mondiale.
Un peu plus loin, une pierre tombale témoigne encore
de l’existence d’une fosse commune où les
soldats allemands, victimes de cette guerre, furent enterrés.
Les bénévoles ont également découvert
le foyer de réinsertion en ruines construit par les
allemands. Véritable village avec un puits, une forge,
un dispensaire, des greniers, des espaces pour l’élevage
etc.

tout cela sans compter le paysage, les rongeurs et les reptiles
allant de pistes en pistes au pied même des passants.
3.
Actions Sociales:
Atakpamé regorge de talents en théâtre,
dramaturgie, chants et danses. Mais faute d’encadrement
et d’infrastructures,ces talents se perdent. C’est
à partir de ce constat révélé
par les prospections menées dans le cadre d’Ekua-Alê
que Ma’Anta Sah a inclus dans son programme des ateliers
de formation gratuits:

Atelier
de théâtre, mais aussi ateliers de percussion
et de recherche musicale. Des artistes et autres curieux se
sont inscrits pour bénéficier des trois ateliers
animés aucours de la Ma'anta Sah.Il faut noter que
ces ateliers étaient gratuits. Au cours de l’atelier
de théâtre, dirigé par le metteur en scène
Luc Alanda Koubidina, les participants ont partagé
avec ce dernier des notions scéniques sur "la
fresque et l'image".

L’atelier de percussion pris en compte par Ras Gon a
porté sur la maîtrise de certains instruments
: le djembé (tambour d’origine sahélienne),
le bassar (autre tambour d'origine Subsaharienne), le balafon,
le gong, l’Akaya (instrument typiquement togolais de
l’ethnie éwé). Les bénéficiaires
firent la démonstration de leur savoir acquis lors
d’une soirée organisée au Chantier Ma’anta
Sah.
Quant à la recherche musicale dirigée et co-animée
par Véronique et Kodjovi, elle a abouti à une
perfomance. Pour agrémenter ces chants, les participants
ont mêlé guitares,gongs,calebasses,tambours...
dans l'optique de toujours rechercher et ressortir les originalités.

4.
A travers l’échange…
A
Ma’anta Sah il y eut des débats. Débats
autour des questions d’actualité comme les relations
Nord-Sud, mais aussi sur les éternelles questions comme
la sorcellerie, le vaudou, les forces mystiques. En ce qui
concerne les relations Nord-Sud, les bénévoles
ont débattu des causes du sous développement
des pays africains. La faute revient-elle aux occidentaux
ou aux africains eux-mêmes ? et quels européens
ou américains ? Et quels Africains ? Ne faudrait-il
pas laisser la question des responsabilités et suivre
le modèle asiatique ?
Des forces mystiques, il a été question de la
confiance accordée par les touristes aux guides dans
les couvents vaudou. L’exemple du Bénin était
au centre du débat. Selon certaines rumeurs, les guides
profitent de la visite pour satisfaire certains besoins des
dieux. Mais plus de peur que de mal, l’équivoque
fut levé par les témoignages et les expériences
vécues.
Les échanges se sont matérialisés sous
forme de soirées organisées. Les soirées
euro-américaine et africaine étaient à
la une.
A la soirée
africaine, les bénévoles africains ont organisé
une danse autour du feu, danse inspirée de celle des
forgerons en pays Konkonba. En une nuit, l’Afrique des
jeunes filles pieds nus dansant au rythme du tam-tam fut représentée.
Frappant
avec frénésie sur les calebasses retournées,
les gongs, les tam-tams, chantant à tue tête,
les bénévoles africains ont peint un tableau
titré : Un soir au village. C’était
le vendredi 29 décembre 2006.
La soirée américano-européenne qui a
suivi le lendemain a tenu toutes ses promesses, des prestations
furent remarquables.

A
travers un concert de chants européens accompagnés
de la guitare, les africains ont reçu un goût
de la musique française. Par un jeu de question-réponse,
les bénévoles occidentaux ont survolé
quelques questions d’actualité et partagé
avec l’assistance certaines informations relatives à
l’élargissement de leurs cultures. La particularité
de cette soirée est la participation des bénévoles
africains, participation enrichissante pour cette soirée.
5.
Ma’anta Sah, rituels, réjouissances…
L’un
des objectifs majeurs de ce camp était de découvrir
les peuples du Togo dans leur passage d’une année
à une autre. Certaines familles ont bien voulu accueillir
Kadam-Kadam à l'occasion des fêtes de fin d'année:
Noël et Nouvel An.

Les peuples présents à Atakpamé : Ana,
Ewé,Akposso, Kabyès, Nawdem… reconnaissent
le passage à la nouvelle année tel que fixé
par l’occident. A cette période, des bêtes
sont immolées et des volailles égorgées.
C’est ce qu’a découvert les bénévoles
de Ma’anta Sah. Cette viande sera partagée entre
amis et voisins afin de consolider l’union et l’entente
en début d’année. Chaque geste est accompagné
de souhaits pour une vie meilleure. Cette fin d’année
a connu exceptionnellement la célébration d’une
fête musulmane : la Tabaski (Aïde El Kébir).
L’immolation du mouton y est obligatoire pour ceux qui
en sont capables. Les musulmans togolais n’ont pas failli
à la règle,le kadamien Djabs en l'occurence.
Chez
les éwés, c’est le whisky local, le sodabi
qui sert de lien pour passer à la nouvelle année.
Quelques gouttes à terre pour saluer les ancêtres
et implorer leur présence. Quelques gouttes encore
pour demander santé et bénédiction. Chez
les kabyès et les nawdemba, une danse de réjouissance
immortalise les fins d’année. C’est ainsi
que les bénévoles ont assisté à
la danse Kamou, une sorte de bal masqué autour d’un
tam-tam typique. Le rituel des Anas ressemble beaucoup à
celui des Ewé, le sodabi étant également
présent. Les deux peuples ont d’ailleurs en commun
plusieurs pratiques.
Ma’anta
Sah a vécu .Quelque part à Lomé, à
Atakpamé, au Togo, plus précisément à
Agbonou, des bénévoles ont répondu à
l’appel de l’Association Kadam-Kadam. Ma’anta
Sah a immortalisé la vie des bénévoles
qui en 15 jours ont comparé leur culture, leur savoir-faire,
leur opinion…il n’y a pas eu de différences
mais de complémentarité.
Tout au long de ce séjour le Groupe Musical Kadam-Kadam
accompagné par tous les bénévoles ont
entretenu une ambiance de joie, de gaieté qui parfois,
spontanément, faisait accourir les voisins. Jusqu’à
la dernière minute de la séparation, certains
bénévoles ont continué par chanter avant
de se rendre compte après les dernières embrassades
que Ma’anta Sah, c’était réellement
fini.
A Agbonou, quartier Togo-Grain, il ne reste que les traces
d’un Chantier Socio-Artistique qui a rassemblé
15 bénévoles et une centaine de spectateurs
en moyenne pendant 15 jours.

Ma’anta Sah est fini mais Ekua-Alê continue et
file vers les 4è et 5è éditions successives
de juillet et août 2007.
Texte
de Dewou |
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